Léon Morane atterrit à l’Île aux Oiseaux…


Léon Morane devant atterrir à l’Île aux Oiseaux, fut une des grands évènement de l’année 1910.

Paul Morane survolant le Bassin d'Arcachon. Septembre 1910
Paul Morane survolant le Bassin d’Arcachon. Septembre 1910

La grande semaine de l’aviation de Bordeaux

Ce fut l’un des derniers grands meetings aériens organisés en France, au cours de l’année 1910.

Affiche officielle du meeting de Bordeaux en 1910. Collection CAEA
Affiche officielle du meeting de Bordeaux en 1910. Collection CAEA

La Grande semaine de Bordeaux, du 11 au 18 septembre, se déroula sur un site nommé Beau-Désert près de Mérignac, un terrain qui deviendra plus tard célèbre.

Réservé aux seules aéroplanes, c’était la Compagnie aérienne du Sud-Ouest et l’Aéro-Club de France qui le finançaient.

Plusieurs épreuves richement dotées le constituaient, dont la fameuse Coupe Michelin et cette année là, un Cross-Country disputé pour la première fois comme course Bordeaux-Arcachon.

Aérodrome de Beau-Désert à Mérignac.
Aérodrome de Beau-Désert à Mérignac.

Toutes les grandes écuries françaises répondirent présents aux organisateurs. Les Sociétés Antoinette, Clément-bayard, Blériot, Henry Farman, Sommier y participèrent ainsi que 36 aviateurs dont Léon Morane sur Blériot XI.

Léon Morane, la révélation de 1910

Six mois avant, Léon Morane était inconnu du public.

Léon Morane
Léon Morane

Il s’est révélé lors de ce meeting par des exploits extraordinaires en hauteur, vitesse, voyage et vol avec passager. Alors, en quelques vols, il devint champion sur monoplan Blériot et sa renommée dépassa largement nos frontières.

L’île aux oiseaux, aérodrome d’un jour..

Ainsi, bien avant ESSO qui tenta d’annexer l’Île aux Oiseaux, l’espace d’une journée, notre île fétiche devait servir de piste d’atterrissage…

Monsieur P. Journu, de l’Aéro-Club de France, et Monsieur Verliac, président du Comité d’aviation de Beau-Désert, avaient choisi Île aux Oiseaux comme point d’attérissage, pour un cross-country aérien de Mérignac à Arcachon.

L’évènement exceptionnel séduisit immédiatement. Par exemple, Monsieur Deutsch de la Meurthe, industriel notoire ( propriétaire de la société des pétroles Jupiter (1922) puis Shell France après une fusion avec la Shell en 1948), grand sponsor à l’époque de l’aviation, offrit la somme de 5000 francs au record de vitesse, plus une coupe de 5000 francs.

Henry Deutsch de la Meurthe
Henry Deutsch de la Meurthe

La ville d’Arcachon aussi contribua largement en offrant la somme de 5000 francs. A cela s’ajoutèrent des souscriptions particulières d’un montant de 2400 francs, ce qui fit un total de 17 400 francs. Cette aventure contribuait au prestige de la ville nouvelle.

L’Ile aux oiseaux, située à 1 kilomètre de la plage d’Arcachon, représentait quelque soit la marée, 200 hectares de terre ferme. Il était donc surement possible de tenter cet exploit!

Le projet était au départ fixé pour la date du 11 septembre 1910, mais, au grand mécontentement de la population arcachonnaise, dixit un journaliste de l’époque, Monsieur Veyrier-Monatgnères décida de la date du mercredi 14 septembre.

A gauche,Pierre Dignac  maire de La Teste, à droite, James Veyrier Montagnères maire d'Arcachon
A gauche,Pierre Dignac maire de La Teste, à droite, James Veyrier Montagnères maire d’Arcachon

Monsieur Dignac, maire de La Teste, demanda à 8 gendarmes d’assurer le service d’ordre.
Alors, six engagements furent annoncés par l’Aéro-Club.

La course Bordeaux-Arcachon

Les aviateurs devaient partir de Mérignac, au rythme d’un toutes les trois minutes. La durée du trajet jusqu’à Arcachon, était estimée à environ 40 minutes.

Ainsi, à 3h47, Léon Morane prit le premier départ. Il prit un angle de décollage rapide, s’éleva dans un angle très accentué et prit la direction du Bassin d’Arcachon.

Léon Morane dans son Blériot XI au décollage de Beau-Désert en 1910
Léon Morane dans son Blériot XI au décollage de Beau-Désert en 1910

Depuis Mérignac, la foule le vit disparaitre, il devint rapidement juste un petit point noir à l’horizon, jusqu’à disparaitre des regards. L’aviateur Legagnieux parti 3 minutes après sur son Blériot en ne prenant pas la même route. L’aviateur Tyck prit son départ à 3h59 suivit par le lieutenant Rémy, à 4h 34 sur un biplan Ferman.

Léon Morane, mit donc 28 minutes pour rejoindre Arcachon, soit, 44 kilomètres à vol d’oiseau.

Atterissage sur l’île ou pas?

Dès 4h12, il fut aperçu survolant Taussat à environ 400 mètres d’altitude. Puis, depuis la terrasse du casino, on aperçut un point noir passer au dessus d’Ares.

Dans un article de l’Avenir d’Arcachon un journaliste décrivit la scène: “On dirait le vol d’un grand goéland, ou plutôt d’un aigle échappé de son aire”.

Malheureusement et à la surprise générale, il passa rapidement par le travers de l’Île aux Oiseaux et décrivit une gracieuse courbe vers le Grand-Hôtel.

La plage devant le Grand-Hôtel d'Arcachon
La plage devant le Grand-Hôtel d’Arcachon

A cet instant précis, il coupa son allumage et descendit tout à coup en planant à 150 mètres d’altitude, vers la villa Claire où l’on peut imaginer Madame Pauilhac, sur la terrasse entourée de ses invités, assistant à l’évènement.

La villa Claire de la famille Pauilhac.
La villa Claire de la famille Pauilhac.

Enfin, il survola la plage où la foule l’attendait et l’acclamait.

“L’oiseau, vu de près, s’est transformé en une belle et onduleuse libellule, dont on distingue les ailes, le gouvernail qui forme une queue, les pattes qui sont des roues. Entre les ailes est assis l’homme-oiseau. Sur le poitrail de l’appareil gronde un puissant ronronnement.”

Le spectacle fut grandiose et féerique. A l’occasion, profitant d’une jolie brise d’ouest, une flottille d’environ 200 bateaux toutes voiles hissées, paradait au soleil.

“Sitôt passé le casino, Morane s’élève rapidement dans une progression qui le reporte à 400 mètres d’altitude. Il redevient un point dans l’éther, et disparait à l’horizon.”

Toute l’après midi, les Arcachonnais attendirent en vain les autres aviateurs.

Ainsi, Léon Morane n’a jamais atterri sur l’île aux oiseaux comme le projet le prévoyait. Nul ne sait pourquoi. Il gagna cependant les somme de 6OOO francs.

Un retour grandiose

En même temps, un coup de téléphone apprenait à Mérignac que Morane venait de survoler le Grand-Hôtel d’Arcachon à 4h14.

Léon Morane n’atterrît pas sur ‘Île comme prévu, mais son exploit, dépassant la crainte du danger marqua à jamais les spectateurs.

Lemogneux est rentré à Mérignac très rapidement car il s’est trompé de direction. Il est en effet, parti trop au nord, et en voyant l’océan, il vira au dessus de l’étang de Lacanau. Puis, l’idée lui vint de longer la côte pour descendre vers Arcachon, mais la brume était trop intense et il préféra revenir à Mérignac.

Léon Morane revint en vainqueur. Il atterrit devant le hangar de Beau-Désir devant une foule immense et des ovations délirantes. Il avait mis 31 minutes pour le retour, soit 59 minute pour un aller retour!

L’aviateur Tyck, revint sans avoir trouvé Arcachon, le soleil levant et la brume l’empêchant de trouver sa route. Le lieutenant Rémy lui aussi rebroussa chemin.

Léon Morane Collection CAEA
Léon Morane Collection CAEA

Morane, sur son Blériot était donc le triomphateur de cette épreuve.

Ajoutons que, le journal La petite Gironde, mentionna avec moquerie, que Monsieur Veyrier-Montagnères , le “si dévoué Maire”, fit un “gueuleton” à l’Île aux Oiseaux en attendant les pilotes qui n’arrivèrent jamais.

Sources: hydroretro.net, l’Avenir d’Arcachon, Arcachon-Journal, L’Auto-vélo, la Petite Gironde

Aclou / http://www.ile-aux-oiseaux.org/  Arcachon journal L’Avenir d’Arcachon

https://bassin-arcachon-patrimoine-naval-plaisance.fr/2021/01/04/bruno-marchais-artiste-peintre-marines-bassin-arcachon-pinasse-arcoa-bassin-arcachon/

https://www.facebook.com/arcanavigation,

2 réflexions sur “ Léon Morane atterrit à l’Île aux Oiseaux… ”

  • 21 octobre 2021 à 19h45
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    Excellent reportage sur nos pionniers de l’aviation ,Morgane et Bleriot ,parmi les meilleurs .

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